(Ré) Apprivoiser la solitude

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(Barcelone décembre 2013)

Je suis cette nana qui a toujours adoré être seule, ne pas dépendre de qui que ce soit, ne pas faire les choses comme tout le monde au final. Des demandes en mariage refusées, la peur de l’engagement sans doute,  mais aussi ne pas me vouloir liée à quelqu’un, puis faut dire que j’ai trop aimé être seule,  alors quand je me suis retrouvée seule avec un enfant, puis 2, puis 3, j’ai pris ça comme un chemin de vie, ma route tracée sans doute pour moi la solitaire. Je me suis dit ça doit être comme ça ta vie, seule… Mais au final je n’étais pas vraiment seule, j’avais des enfants mais je fais bien le constat que les amis, je m’en suis éloignée de plus en plus pour multiples raisons dont la façon de voir les choses différemment.

Par exemple, j’avais une amie depuis toute petite, qui est devenue marraine de ma fille, c’était en évidence et puis ces dernières années, je me suis rendu compte que nos vies étaient totalement à l’opposé alors on a séparé nos chemins, notre amitié aura presque duré 40 ans ce qui est chouette quand même,  mais elle n’a pas d’enfants, n’a jamais vécu en couple alors nos vies étaient drastiquement différentes, je n’avais plus rien à lui apporter comme elle n’avait plus rien à me donner non plus. Nos façons de penser sont devenues différentes. Elle reste la marraine de ma fille et c’est une super marraine mais je l’ai perdue comme amie, je ne l’ai pas appelé depuis longtemps, j’ai de temps en temps des nouvelles par ma fille. C’est marrant comme la vie est faite, on aime au sens large du terme et un jour on peut ne plus aimer. À vrai dire au début je m’en suis voulu, j’ai dit tu ne peux pas rompre une amitié si longe, mais au final quand on voit nos vies diamétralement opposées ça ne pouvait pas en être autrement. Je ne renie pas l’amitié que j’avais pour elle, j’aurais tout fait pour elle mais maintenant les choses sont autrement car nous avons fait ce choix. J’ai dû apprendre à vivre sans elle, c’est un peu comme une rupture amoureuse, tu sais celle qui arrive quand tu n’aimes plus mais quand il y a cette vie remplie d’habitudes.

Tout ça pour dire que la solitude ça s’apprend… Je suis persuadée qu’il faut donner des bonnes bases à l’être humain pour apprendre à vivre seul, On croit qu’on est tous capable de vivre seul, que c’est simple. Eh bien moi j’étais la première à le croire, je me disais super solitaire ce qui était surement un peu le cas, mais l’étais-je vraiment? Je pense que c’était une façon à moi de ne pas vouloir avoir mal, de ne pas me lier trop aux gens… Je me suis rendue compte depuis l’accident que je n’ai jamais eu les bonnes bases pour être sereine quand je suis seule vraiment. Avant durant mes moments de « solitude » je me suis rendu compte que j’allais chercher un minimum de contact avec les gens pour être seule mais pas trop. Et puis il y a eu cet accident le 29/8/17 et je vois bien que je n’ai absolument pas les bonnes bases pour être seule, la solitude est encore bien trop souvent ma pire ennemie, l’angoisse gagne du terrain ces moments où je suis seule, je dois vraiment apprendre à être seule, me donner les bases pour être sereine quand je n’ai personne avec moi. Je fais des petits exercices, je n’ai jamais fait des trucs pour moi et je crois qu’au final tout se joue durant l’enfance, savoir qu’un parent part mais revient, savoir se séparer en somme pour mieux se retrouver, les objets de transition sont là aussi un peu pour ça. Les doudous par exemple c’est un peu comme un lien avec les parents, la fratrie, la maison cet endroit  où un enfant est censé se sentir bien, en sécurité.

Pour ce qui me concerne j’apprends à vivre seule tout doucement, j’apprends à me sécuriser petit à petit, je me rends compte à quel point c’est important de dire à l’autre je t’aime, qu’on sera là aussi longtemps qu’il aura besoin de nous et surtout dire que c’est pas parce qu’on se quitte 2h, 2 jours ou 2 mois qu’on ne s’aime plus, mais il faut le dire qu’on part X temps pour mieux se retrouver. Je me rends compte que ça a toujours été fusionnel avec les gens, enfin je ne sais pas comment expliquer ça en fait, je me suis toujours donnée pour faire plaisir aux autres, j’ai donné mon temps, énormément pour ne pas décevoir quand on me demandait un service je le rendais, même si j’avais 1001 choses à faire pour moi, j’oubliais cela, je faisais pour les autres pour ne pas les décevoir, sans doute pour qu’ils m’aiment, j’avais cette peur de l’abandon que j’ai encore hein, elle est coriace cette peur là. Comme je disais, je ne sais pas faire les choses par plaisir pour moi, je n’ai jamais su faire les choses pour moi, j’ai toujours fait pour les autres pour leur faire plaisir, ce qui me plaisait sans doute mais je pense que j’avais un peu de frustration intériorisée, ça durait quelques secondes où j’y pensais en me disant mais tu as pas fait ça pour toi et tu fais tant pour untel ou unetelle …. Et puis j’entassais ça au fond de moi, car on m’avait juste appris la dévotion je crois, la notion de plaisir je ne sais même pas trop quel goût ça a.

Aujourd’hui ce n’est pas simple d’apprivoiser la solitude, je ne sais pas vraiment me retrouver seule face à moi même, j’en ai même encore très peur, j’ai eu peur de mourir à l’accident et de le laisser seuls (mes enfants) alors que ce n’était pas si grave que ça, lorsque je suis tombée plein de fois dans les pommes quelques semaines après l’accident et que j’ai été hospitalisée sur ordres du SAMU j’ai eu peur de mourir aussi seule chez moi, j’ai eu peur de mourir plein de fois dans ma vie dans diverses situations. des traumatismes. En fait, j’ai mis ça sous le tapis, j’ai eu énormément de résilience, j’ai eu des choses graves mais j’ai cru que j’étais bien plus forte que n’importe qui, et je me rends compte que c’était du vent, que je n’étais pas plus forte que qui que ce soit, que j’ai tout accumulé et que tout ressort là. J’ai une peur terrible de la mort, de me retrouver seule aussi. je dois renouer avec moi même, me connecter à moi et non plus aux autres, je dois être capable de me rassurer, de ne pas faire plaisir aux autres pour avoir un minimum d’attention, j’ai été formatée ainsi me dévouer aux autres. Oui faire des choses pour les autres c’est bien, faire des choses pour soi c’est bien aussi me dit-on, mon psychiatre le premier. Je dois faire les choses pour MOI, et trouver du plaisir à faire les choses pour moi, car il me dit aller faire les courses même si vous êtes seule ce n’est pas faire des choses pour vous.

Je vais devoir apprendre à vivre seule, que l’amour que je porte aux gens ce n’est pas être collée H24 à eux, je dois apprendre le plaisir pour moi, je dois aussi apprendre à m’ennuyer aussi parfois on me dit que l’ennui fait aussi partie de la solitude  et que l’ennui aide à la créativité. J’ai un sacré boulot à faire, personne n’appartient à personne, je suis la première à le dire, mais j’ai toujours cru appartenir aux autres, on a fait de moi ce qu’on a voulu, il est grand temps que ça change, je ne dis pas ça avec de l’animosité je fais juste un simple constat sur ma vie, et la solitude ça s’apprend dès le plus jeune âge, on s’aime ou mais on est capable de vivre sans l’autre ce que je ne sais pas faire aujourd’hui telle que je suis formatée, la dévotion pour les amis, les gens qui font partie de ma famille, c’est une Maud que je dois démolir pour arriver à faire cette Maud que je souhaite tant être vraiment. Dire non est un premier pas pour apprivoiser la solitude dans mon cas, car à trop peur d’être seule je dis toujours oui à toutes les sollicitations des gens. Doucement mais surement…

 

8 réflexions sur “(Ré) Apprivoiser la solitude

  1. Bonjour,
    Je ne sais plus quel chemin m’a amené sur ton blog, le fait est que je viens te lire régulièrement depuis quelques mois.2 ou 3 fois j’ai hésité à laisser un mot. Mais là ta réflexion sur la solitude résonne fort en mois, cette nécessité d’apprendre à l’apprivoiser à vivre avec. J’ai quitté le père de mes filles il y a un an, je vis seule avec elles et c’est déjà une solitude et là elles sont parties pour 15 jours pour la première fois et cette solitude que je ne vis pas mal mais dont je ne sais que faire, cette liberté, cet ennui aussi comme tu le dis. En même temps je trouve que c’est un cadeau énorme et en même temps c’est très dur à apprivoiser justement. Ne pas se jeter sur un téléphone, ne pas chercher à tout pris des contacts pour vérifier qu’on existe… Réussir à faire quelque chose ou à simplement profiter du calme… Bref ton article à résonné très fort et comme tu partages beaucoup de toi, j’ai eu renvie de répondre. Car ça iade je trouve de lire des émotions, sentiments proches des nôtres mais dit par d’autres, ça permet un pas de coté, un recul…Belle journée

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  2. Bonjour,
    Je ne sais plus quel chemin m’a amené sur ton blog, le fait est que je viens te lire régulièrement depuis quelques mois.2 ou 3 fois j’ai hésité à laisser un mot. Mais là ta réflexion sur la solitude résonne fort en mois, cette nécessité d’apprendre à l’apprivoiser à vivre avec. J’ai quitté le père de mes filles il y a un an, je vis seule avec elles et c’est déjà une solitude et là elles sont parties pour 15 jours pour la première fois et cette solitude que je ne vis pas mal mais dont je ne sais que faire, cette liberté, cet ennui aussi comme tu le dis. En même temps je trouve que c’est un cadeau énorme et en même temps c’est très dur à apprivoiser justement. Ne pas se jeter sur un téléphone, ne pas chercher à tout pris des contacts pour vérifier qu’on existe… Réussir à faire quelque chose ou à simplement profiter du calme… Bref ton article à résonné très fort et comme tu partages beaucoup de toi, j’ai eu renvie de répondre. Car ça iade je trouve de lire des émotions, sentiments proches des nôtres mais dit par d’autres, ça permet un pas de coté, un recul…Belle journée

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  3. Bonjour Maud, j’ai ressenti tellement de souffrance au fur et à mesure de ton billet. Comme une urgence à vouloir vous retrouver. On peut le faire par la solitude mais aussi dans tellement de manières différentes. Je crois que cette solitude vous fait peur, vous angoisse (c’est vraiment mon ressenti) et je ne comprends pas que vouliez à tt prix vous y complaire ? Et votre amie, pourquoi avoir abandonné cette amitié de si longue date ? Nous sommes tous différents avec nos façons de vivre et de penser, c’est justement ce qui nous aide à mieux percevoir les choses. Je n’émet aucun jugement Maud, j’essaye juste de comprendre votre point de vue. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez pour être heureuse tout simplement ou du moins une certaine quiétude. Bonne journée Maud et à bientôt.

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    • Car elle ne comprends pas mes choix de vie, la critique était devenue plus que courante et pour moi ne plus avoir rien à partager à part de la critique qui n est pas forcément fondée ça ne m’apporte rien. Elle ne comprenait pas mes choix de vouloir privilégier une soirée avec mes enfants à une sortie, elle a du fric et c’est bien pour elle (merci les parents), je n’en ai pas et ne comprenait pas non plus que je ne puisse pas dépenser de quoi me payer babysitter, resto ciné dans une soirée, c’est impossible pour moi.

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      • OK je comprends mieux cette rupture, vous n’aviez plus les mêmes priorités. Malheureusement cela arrive. Bon eh bien, j’espère sincèrement que tu vas toucher du doigt tes désirs et que tu seras plus apaisée. Bonne soirée Maud et à bientôt. Quant au troll ma foi, c’est bien triste de n’être animé que par la méchanceté. Ne laisse pas cette personne t’atteindre et ce qu’elle resent ne t’appartient pas. Laisse la être rongée par l’envie. À bientôt.

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  4. La solitude n’est pas une chose facile pour moi non plus, mais je comprends petit à petit que ça devient indespensable d’être bien tout seul avec soi-même. Il y a le plaisir de liberté et de détachement, de faire les choses rien que pour soi sans appartenir à personne. Bisous 😘

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  5. Intéressant, je ne dirais pas que j’ai tout eu comme toi mais en partie. Je n’avais jamais vécu seule; mariée, 3 enfants qui se sont envolés mais à la retraite nous étions presque 24/24 ensemble avec mon mari sauf quand j’allais écouter des personnes en souffrance et rendre service. Je me sentais terriblement frustrée quand des amies se retrouvaient sans moi je me sentais nulle…………
    Et puis la solitude forcée est arrivée il y a 6 ans quand mon aimé est décédé. Les premiers temps ont été terribles et quand mes enfants venaient j’avais horreur de leur départ. Puis le temps fait son oeuvre je dirais « presque » que j’aime ma solitude ou plutôt ma liberté. Je m’isole souvent mais je ne m’ennuie jamais alors………………j’ai eu aussi beaucoup de traumatismes que j’ai dépassés grâce aux psys il faut bien le dire!!!
    Courage à toi.

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