Publié dans Billets d'humeur/ Billets d'humour/ Billet d'amour

Cet appel du 18 juin si particulier

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Il y a 12 ans, j’appelais mon père comme tous les jours en apprenant qu’il avait un cancer en phase terminale. Je ne l’avais pas vu depuis quelques jours, je n’avais pas de voiture, il habitait à une trentaine de km de chez moi en pleine campagne (là où j’ai vécu les 8 premières années de ma vie….).

Ce jour là, donc j’appelle, je tombe sur sa femme comme chaque soir, elle me dit que son état s’est dégradé, qu’il a beaucoup de mal à respirer malgré l’oxygénation, qu’il est sous morphine et qu’il a beaucoup d’absences, qu’il a du mal à avoir des moments de lucidité. On savait qu’il avait des métastases de partout et que l’évolution était très rapide ces derniers jours. Elle me dit je vais essayer de te le passer mais je n’ai pas la garantie qu’il va te parler. Plus elle s’approchait de lui avec le téléphone, plus j’entendais les gémissements de mon père, et sa difficulté à respirer, ça faisait un bruit monstrueux, effrayant. Elle lui a dit que c’était moi au téléphone, il ne savait plus qui j’étais, il ne savait plus qui étaient les autres non plus…

Alors pour moi même si ce 18 juin évoque l’appel du général de Gaulle, pour moi,   depuis 12 ans ça évoque le dernier « contact » auditif que j’ai eu avec mon père, un contact particulier, douloureux, effrayant. Avec mon père depuis le divorce de mes parents, nos contacts étaient très particuliers, il n’a pas été le père dont j’avais besoin, il n’a pas été là pour m’apprendre tellement de choses qu’un père devrait apprendre à sa fille et pourtant il reste mon père, ce héros aux yeux des gens, ce grand chirurgien lyonnais inventeur de la coelioscopie, cet homme qui a fait avancer la chirurgie, ce sauveur de vies. Pour moi il restera mon papa, celui de par qui je suis là, un papa qui a brillé par son absence auprès de notre fratrie à différents moments de nos vies mais celui que j’ai aimé quand même.  Depuis 12 ans, j’ai ce souvenir de mon père agonisant au téléphone, alors que la veille nous avions bien parlé malgré son essoufflement, c’est la dernière fois que j’ai appelé tellement ce fut dur pour moi, et il est décédé 39 heures plus tard….

 

5 commentaires sur « Cet appel du 18 juin si particulier »

  1. Bonjour Maud,

    Comme je vous comprends…
    Les dernières heures, souvent difficiles, passées avec nos proches, gravement malades, restent bien ancrées en nous. Je sais combien c’est compliqué, dur d’oublier ces terribles instants pour les remplacer par les doux moments, toutes les belles choses vécues avec celles et ceux qui nous quittent prématurément. Notre mémoire ne fait pas forcément le « bon tri »…
    Amitiés.

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